Une saga moscovite I

Un roman de Vassili Axionov publié aux éditions Folio

une saga moscovite couv

A travers les destinées des Gradov, grands médecins, grands militaires, et celles des petites gens qui les entourent, c’est toute la Russie qui respire… comme elle peut, en l’une des périodes les plus dramatiques qu’elle ait connues : 1924-1953, dates du  » règne  » de Staline.


Les Gradov sont des personnages bien romanesques, pris dans une vie quotidienne faite d’ambition, de dévouement, de contradictions, de passions, de rires. (…) Les véritables sagas modernes sont, dans la littérature universelle, rarissimes. Celle-ci mérite bien son nom tant l’horizon qu’elle embrasse est vaste, tant sa phrase est exubérante et précise, tant ses personnages et leur fortune sont attachants.
Telle est la magie d’un grand écrivain.


Coup de cœur pour le premier tome de cette saga qui retrace le destin de la famille Gradov, famille russe – de 1924 à 1953.

Le père est un éminent chirurgien, la mère une pianiste accomplie. Ils sont parents de 3 enfants aux caractères forts différents.

Nikita, le soldat, héros de la Révolution, traumatisé par ses actions passées, Kirill le bolchevique convaincu et Nina, la petite dernière, fantasque poète.

Les vicissitudes de leurs destins sont liées à un homme, Staline. On assiste dans le premier tome à sa montée en puissance, à l’évincement des courants plus modérés de la Révolution rouge.

Si les premières pages sont plutôt légères et pleines d’espoir, très vite les arrestations nocturnes se multiplient.

Pour les victimes de la répression, les caves de la Tchéka, la torture et la déportation ou la mort.

Pour les proches, débutent l’attente, l’incertitude mais aussi la peur d’être arrêté à son tour.

Parler des disparus est déjà une prise de risque. Une gymnastique mentale se met en place pour éviter les termes suspects, les allusions déviantes, les regards équivoques.

Les gens survivent, s’adaptent, adoptent un « humour de pendu », comment faire autrement ?

Régime mortifère où les ennemis sont toujours plus nombreux, dans lequel une course folle aux ennemis du peuple se déroule sans cesse.

Même lors de la seconde guerre mondiale, les officiers sont encadrés par des agents politiques consignant soigneusement toute preuve de subversion.

Récit de la responsabilité individuelle et collective, de la faillite du système communiste, mais surtout portait d’une famille si attachante, si vraie que l’empathie avec leur destin est totale.

Une première partie magistrale dont j’ai hâte de lire la suite.

Mais la nuit, la terreur envahissait les rues. Des dizaines de fourgons cellulaires émergeaient du portail de fer de la Loubianka et partaient en mission. A leur vue, le Moscovite ne manquait pas de détourner les yeux, comme tout homme qui chasse la pensée d’une mort inévitable. Mon Dieu, pourvu que ce ne soit pas pour moi, pas pour les miens, voilà, Dieu merci, ils sont passés. Où il y avait lieu, à l’adresse figurant sur le mandat, les fourgons s’arrêtaient et les hommes de la Tchéka pénétraient sans hâte dans les maisons. Le bruit de leurs bottes dans l’escalier ou celui de l’ascenseur montant en pleine nuit étaient devenues le fond ordinaire des terreurs moscovites.

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