Madame Hayat

Un roman d’Ahmet Altan traduit par Julien Lapeyre de Cabanes publié chez Actes Sud

Fazil, le jeune narrateur de ce livre, part faire des études de lettres loin de chez lui. Devenu boursier après le décès de son père, il loue une chambre dans une modeste pension, un lieu fané où se côtoient des êtres inoubliables à la gravité poétique, qui tentent de passer entre les mailles du filet d’une ville habitée de présences menaçantes.

Au quotidien, Fazil gagne sa vie en tant que figurant dans une émission de télévision, et c’est en ces lieux de fictions qu’il remarque une femme voluptueuse, vif-argent, qui pourrait être sa mère. Parenthèse exaltante, Fazil tombe éperdument amoureux de cette Madame Hayat qui l’entraîne comme au-delà de lui-même. Quelques jours plus tard, il fait la connaissance de la jeune Sila. Double bonheur, double initiation, double regard sur la magie d’une vie.
L’analyse tout en finesse du sentiment amoureux trouve en ce livre de singuliers échos. Le personnage de Madame Hayat, solaire, et celui de Fazil, plus littéraire, plus engagé, convoquent les subtiles métaphores d’une aspiration à la liberté absolue dans un pays qui se referme autour d’eux sans jamais les atteindre.

Pour celui qui se souvient que ce livre a été écrit en prison, l’émotion est profonde.


La rentrée littéraire ne m’enthousiasme que peu, avec sa pléthore de livres, qu’il nous sera impossible de lire avant qu’elle ne soit engloutie par la prochaine échéance. 

Pourtant, on y déniche des pépites, des coups de cœur. Madame Hayat rejoint indubitablement cette dernière catégorie. 

Intriguée par ce titre, par son auteur, Ahmet Altan, journaliste turque, qui fut emprisonné, condamné à la prison à perpétuité. Qui réussit, avec son talent, à s’ouvrir une porte en écrivant. Qui, heureusement, fut libéré récemment.

Ce livre écrit en prison, raconte l’histoire de Fazil, jeune étudiant dont la famille a brutalement sombré dans la pauvreté. Il continue ses études à l’université et va faire deux rencontres qui vont changer sa vie : Madame Hayat et Sila, une jeune étudiante. 

Il va nouer avec chacune des deux femmes une relation charnelle. Avec l’aînée, une passion lumineuse, basée sur l’instant présent. Avec la plus jeune, une autre passion, basée sur les goûts communs, le passé semblable.

Autour d’eux, la peur monte car des hommes barbus organisent des battus contre ceux qui sont trop libres. Les policiers répriment et les tribunaux condamnent à tour de bras. 

Ce roman est une vraie pépite. 
Difficile de le poser, la plume poétique de l’auteur nous embarque pour un voyage des sens. 

L’amour peut être multiples et hors des règles. Les femmes de ce récit sont fortes à leurs manières et, loin de blâmer Fazil pour son hésitation, nous ne pouvons que comprendre son incapacité à faire un choix.

Ce roman est une ode aux moments de joies et d’entraide grappillés alors que les ténèbres montent aux alentours. L’auberge espagnole dans laquelle vit Fazil résonne de différences, symbole d’une société qui tombe, victime de la politique.

Cette politique prend, peu à peu, plus de place dans le récit à mesure que le narrateur ouvre les yeux face au contexte de son pays. 

Et enfin, ce roman offre de belles pages d’hommage à la littérature, à sa place dans notre vie. 

Je pourrais en dire encore bien plus, mais j’espère vous avoir donné envie de découvrir ce roman pour que vous ressentiez le même éblouissement que moi.

Merci M. Altan pour ce magnifique récit.


« Le poids de ce que j’avais vu, appris, vécu, pesait parfois si lourd que je me sentais épuisé comme un vieillard. Je n’arrivais à concevoir ni les actes des hommes ni le silence de la société, je ne pouvais plus vraiment comprendre les vivants. Cela me déprimait parfois jusqu’à en tomber malade. Alors j’allais à la bibliothèque lire des romans. Là, le monde changeait d’éclairage, les hommes et les évènements devenaient d’une pure transparence, je contemplais le monde hors d’atteinte, sans que personne pût me voir, me toucher, tandis que je pouvais, moi, toucher ces hommes qui étaient dans les romans. Je me sentais puissant, serein, je me sentais guérir. »

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