Le pays du passé

Un roman de Guéorgui Gospodinov traduit par Marie Vrinat publié chez Gallimard


Et s’il devenait possible de retrouver son passé ? C’est ce qu’imagine le mystérieux Gaustine en fondant une clinique où chaque patient peut replonger dans l’époque favorite de sa vie grâce au décor de sa chambre.
L’artifice paraît simple et sans danger, mais la tentation d’échapper au présent peut se révéler périlleuse : qu’adviendrait-il de l’Europe si ses États membres étaient gagnés par cette envie ?
Dans un roman éclatant d’inventivité, le grand écrivain bulgare Guéorgui Gospodinov interroge notre rapport individuel comme politique à la nostalgie et nous invite à nous pencher sur le séduisant miroir des souvenirs.


Le passé est-il définitivement derrière nous ? 

Ne serait-il pas possible de le faire revenir ? Juste pour un temps. Pour ramener le souvenirs des jours anciens à ceux qui oublient. Pour contrer la vieillesse et Alzheimer. 

C’est l’idée du fameux Gaustine que rencontre le narrateur : recréer des appartements tout droits sortis des années 60 ou 70. Les années de l’enfance, réminiscences fugaces dans des cerveaux qui ne souviennent plus. 

Mais tout se complique quand cette idée se développe à l’échelle des villes puis des États. 

Surtout quand le narrateur ne sait plus vraiment si Gaustine existe vraiment ou s’il l’a inventé…

Énorme coup de cœur pour ce roman. L’auteur réussit un tour de force incroyable.

Il offre, tout d’abord, une réflexion passionnante sur la notion de passé et de mémoire. Que devient-on lorsque les seules années dont on se souvient sont celles de notre jeunesse ? Que perd-on lorsque l’on vit en regardant en arrière ?

Pourquoi les gens finissent-ils par regretter les années de leur enfance ? Comment faire lorsque la personne qui se souvient le mieux de votre vie est votre ancien bourreau ? 

Autant de thématiques sérieuses et pourtant, ce roman n’est pas sinistre. L’humour et l’ironie sont présentes dans des passages, absolument excellents, notamment celui durant lequel les Etats décident dans quels périodes du passé, ils souhaitent évoluer.

Les pages défilent entre réflexions philosophiques et références culturelles. Les pièces du puzzle s’emboîtent avant de se mélanger à nouveau. 

Pas de facilités, l’auteur semble prendre plaisir à changer les tons du récit pour aller jusqu’à tutoyer la dystopie. Le lecteur peut se perdre parfois à l’image des personnages mais jamais, il ne viendrait à l’idée de poser ce roman magistral. 

Tout est foisonnant, intelligent et divertissant. 

Si vous ne l’aviez pas encore compris, j’ai adoré ce roman et vous n’avez plus qu’une chose à faire : lisez-le !


« Je reste là, à observer mon passé bulgare qui s’en va avec ces gens venus ici à la fin de leur vie. Les personnes âgées ont toujours suscité mon intérêt, j’ai vécu avec elles dans mon enfance. Nous avons grandi auprès de nos grands-parents, on pouvait discuter avec eux, alors qu’avec toute une génération, celle de nos parents, nous sommes passés les uns à côté des autres. Maintenant que j’arrive de leur côté de la barrière, mon intérêt est de nature différente. Comment vieillit-on face à leur mort, de plus en plus loin de la vie, et comment peut-on sauver ce qui ne peut pas être sauvé. Ne serait-ce que comme souvenir. Où va ensuite tout ce passé personnel ? »

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6 réflexions sur « Le pays du passé »

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