Sucre Amer

Un roman d’Avni Doshi traduit par Simone Manceau et publié aux éditions Globe

À la cinquantaine, la mère d’Antara déclenche les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer. Tout le monde attend que sa fille unique prenne soin d’elle. Mais la jeune femme renâcle. Car plus le passé déserte l’esprit de sa mère, plus le sien en est envahi. Ma ne l’a ni élevée, ni aimée, ni respectée. Quand Antara avait quatre ans, Ma s’est entichée d’un gourou, a fait fuir son père, l’a entraînée dans la secte d’Osho puis abandonnée aux tortures d’un pensionnat catholique…

Avec les souvenirs cruels, la colère longtemps refoulée déferle jusqu’à lui faire rêver d’euthanasie. À l’heure où elle s’apprête à devenir mère à son tour, Antara en vient à redouter le mimétisme. Ses dessins bizarres, obsessionnels, et ses instal­lations auraient pu lui apporter la paix, si seulement Ma ne s’était pas employée à saboter sa vocation d’artiste.


Antara n’aime pas sa mère. Ma n’a cessé de la rabrouer, de l’abandonner, de l’insulter. Et pourtant, Antara aime sa mère. Une sorte de paradoxe qui empoisonne sa vie.

Les choses se compliquent encore davantage lorsque les premiers signes d’une maladie neuro-dégénérative se déclarent chez Ma. Elle oublie que certaines de ses amies sont mortes, se retrouve perdue, désorientée.

Antara va donc devoir veiller sur cette mère. Mais ce lien si dysfonctionnel, sème également le chaos dans sa vie de femme mariée et d’artiste…

Ce roman est un vrai coup de cœur ! 

Il parle de la maternité, sujet tant de fois évoqué, mais le fait d’une manière tout à fait singulière.

En racontant le présent d’Antara mais aussi son enfance, Avni Doshi met en parallèle la souffrance de Ma, alors jeune maman, incapable d’aimer sa fille sans la détruire. Créant ainsi une souffrance, un gouffre dans l’âme de sa fille qui continue à la ronger, une fois adulte elle-même.

Antara, ressent la même déchirure que sa mère. La même incapacité à s’aimer et à aimer. Emprisonnées toutes deux dans des carcans, celui du mariage, de la bienséance, des relations sociales. 

Ce roman offre aussi un panorama de la société indienne, celle des classes moyennes, qui peut à la fois s’enfiler de la drogue en soirée mais où la belle-mère continue à régenter le foyer. 

C’est un roman plein de couleurs et de d’odeurs, d’expériences. De souvenirs et finalement, de peu de rêve. Ce roman interroge, et hante même lorsqu’il est refermé. 

Encore une très belle découverte grâce aux éditions du Globe.


 » Ma ne sait rien de tout ça. Je ne lui ai jamais dit que, dans mon enfance, pendant une longue période, j’avais eu faim, et que depuis j’avais toujours cherché à être rassasiée. Se parler n’a jamais été facile. S’écouter non plus. Quelque part, il y a eu un malentendu sur ce que nous étions l’une pour l’autre, un vrai marché de dupes. Peut-être le problème est-il que nous nous sommes retrouvées coincées du même côté, à contempler le vide. Peut-être sommes-nous à la recherche des mêmes choses, et à deux nous avons doublé la mise. A moins que ce ne soit un manque essentiel, une calamité dont nous ne nous remettrons jamais. »

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