Vie et destin

Un roman de Vassili GROSSMAN publié chez Le livre de Poche

vie et destin couv

 

Note : 17/20

Dans ce roman-fresque, composé au cours des années 1950, Vassili Grossman fait revivre l’URSS en guerre à travers le destin d’une famille, dont les membres nous amènent tour à tour dans Stalingrad assiégée, au cœur des laboratoires de recherche scientifiques et jusqu’à Treblinka, sur les pas de l’Armée rouge.

Au-delà de ces destins souvent tragiques, l’auteur s’interroge sur la terrifiante convergence des systèmes nazi et communiste, alors même qu’ils s’affrontent sans merci.

Radicalement iconoclaste en son temps, ce livre pose sur l’histoire du XXème siècle une question que philosophes et historiens n’ont cessé d’explorer depuis lors. Il le fait sous la forme d’une grande œuvre littéraire qui transcende le documentaire et la polémique pour atteindre à une vision puissante, métaphysique, de la lutte éternelle du bien contre le mal.


Voilà fort fort longtemps que je n’ai rien posté sur mon blog et pour cause : je me suis plongée dans ce roman et ses presque 1200 pages.

Après pas mal de lectures de taille plus modeste, j’avais envie de me plonger dans un bon gros pavé et vu que je participe au challenge « littératures slaves » organisé sur Livraddict, mon choix s’est arrêté sur ce livre.

Comme vous l’indique le résumé ci-dessus, le récit se déroule lors de la Seconde guerre mondiale, notamment pendant la bataille de Stalingrad, et nous présente le destin de plusieurs membres et alliés de la famille Chapochnikov.

Petite précision qui peut avoir son importance, « Vie et destin » est la suite de « Pour une juste cause ». Si le roman chroniqué se suffit à lui-même, avec l’aide de quelques notes de bas de pages, je pense que je vais me procurer le 1er tome (si je peux l’appeler ainsi) pour en apprendre plus sur les personnages et comprendre davantage certaines interactions ; d’autant plus que la multitude de personnages évoqués m’a parfois fait regretter l’absence d’un petit index des personnages.

Pour le reste, quelle réussite ! Ces 1200 pages nous offrent une mise en perspective du nazisme et du soviétisme.

Une petite parenthèse pour dire que le roman a été écrit dans les années 50 et j’avoue être admirative du courage dont a fait preuve l’auteur – son roman fut d’ailleurs confisqué – et du recul qui a été le sien pour analyser la situation de son pays.

Il est terrible de constater à quels points ces deux régimes, bien qu’antagonistes suite à l’opération Barbarossa, sont similaires dans les méthodes utilisées et dans l’extermination de tous ceux considérés comme ennemis, ceux-ci pouvant d’ailleurs être les amis d’hier. Ce roman donne matière à réfléchir et pour ma part, m’a donné envie de me plonger à nouveau dans « Les origines du totalitarisme » d’Hannah Arendt.

Vassili Grossman nous dépeint avec force la vie soviétique avec cette peur permanente de la délation, où chaque parole peut être mal interprétée et sujette à une lettre de dénonciation.

L’analyse de la place de la bureaucratie est aussi bien menée, on assiste à la mise à l’écart des révolutionnaires historiques, de la première heure, au profit d’une nouvelle catégorie d’hommes et de femmes, pas forcément plus zélés communistes mais en tout cas bien plus habiles apparatchik.

Les personnages principaux ne sont pas manichéens dans l’ensemble et même l’auteur semble s’attacher à ne pas nous les rendre attachants, en nous exposant leurs défauts et autres faiblesses sans fard. Ce n’est pour autant pas un reproche car au final je trouve que cela m’a permis d’appréhender bien mieux la vie sous Staline.

En bref, vous l’aurez compris si vous êtes arrivés jusqu’ici, je vous invite à découvrir ce roman !

La nature de l’homme subit-elle une mutation dans le creuset de l’Etat totalitaire ? L’homme perd-il son aspiration à la liberté ? Dans la réponse à ces questions résident le sort de l’homme et le sort de l’Etat totalitaire. Une transformation de la nature même de l’homme impliquerait le triomphe universel et définitif de la dictature de l’Etat, la conservation de l’instinct de liberté chez l’homme impliquerait la condamnation de l’Etat totalitaire.

Les  glorieux soulèvements du ghetto de Varsovie, de Treblinka et de Sobibor, le gigantesque mouvement de résistance qui s’empara de dizaines de pays asservis par Hitler, les soulèvements qui eurent lieu après la mort de Staline à Berlin en 1953, en Hongrie en 1956 et ceux des camps de Sibérie et d’Extrême-Orient, les mouvements en Pologne, les mouvements étudiants pour la liberté de pensée dans de nombreuses villes, les grèves dans de nombreuses usines, tout cela a démontré que l’instinct de liberté chez l’homme est invincible. Il a été étouffé mais il a toujours existé. L’homme, condamné à l’esclavage, est esclave par destin et non par nature.

6 réflexions sur « Vie et destin »

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