Que sur toi se lamente le Tigre

Un roman d’Emilienne Malfatto publié aux éditions Elyzad

Dans l’Irak rural d’aujourd’hui, sur les rives du tigre, une jeune fille franchit l’interdit absolu: hors mariage, une relation amoureuse, comme un élan de vie. Le garçon meurt sous les bombes, la jeune fille est enceinte: son destin est scellé. Alors que la mécanique implacable s’ébranle, les membres de la famille se déploient en une ronde d’ombres muettes sous le regard tutélaire de Gilgamesh, héros mésopotamien, porteur de la mémoire du pays et des hommes.

Inspirée par les réalités complexes de l’Irak qu’elle connait bien, Emilienne Malfatto nous fait pénétrer avec subtilité dans une société fermée, régentée par l’autorité masculine et le code de l’honneur. Un premier roman fulgurant, à l’intensité d’une tragédie antique.


77 pages pour raconter l’horreur.

L’horreur d’une condamnation à mort. Celle d’une jeune femme irakienne, coupable pour les siens d’un crime impardonnable. Celui de se retrouver enceinte hors mariage, cadeau indésirable d’une relation unique.

Récit polyphonique digne des chœurs antiques, premier roman d’une éblouissante maîtrise, « Que sur toi se lamente le Tigre » est un immense coup de cœur.

Émilienne Malfatto réussit, en moins de 100 pages, à saisir les différentes facettes de la société irakienne fracturée par la guerre, aux femmes emprisonnées dans des abayas, une société pour laquelle certains revendiquent plus de liberté. Voix silencieuses au milieu d’un flot de conservatisme, d’obscurantisme.

Société dans laquelle être femme est une condamnation. Celle d’une vie prisonnière des règles des hommes, prisonnière de la morale, prisonnière de la vie domestique.

Mère, frères, sœurs sont, tout à la fois, bourreaux et victimes. Certains acceptent la sentence irrévocable contre cette jeune femme ; d’autres non. Mais une chose est certaine, aucun ne se lèvera pour défendre la pécheresse. Son nom ne sera plus prononcé, sauf peut-être dans le secret des cœurs.

Le Tigre, fleuve témoin des errements des hommes, se lamente et observe la vacuité de nos combats, nos fins précoces et nos tragédies.

Un roman indispensable qui, je l’espère, sera suivi de beaucoup d’autres.


« Je suis le Tigre. Depuis des milliers de lunes, je traverse le désert, long comme une veine sacrée. Je cours de là-haut, des montagnes, je tombe dans la plaine, puis le désert, puis la mer tout là-bas, comme une respiration.

Je suis la vie et la mort. Je suis le début et la fin, je suis les récoltes et les crues. Je suis les larmes de Tiamat tuée de la main de Marduk.

Je connais la folie des hommes. Mille fois, j’ai vu leur vanité les conduire à la ruine. J’ai vu s’élever Assur et Ninive, j’ai vu tomber de grands rois, et la pluie de Gilgamesh a inondé mes berges. Tous, retournés à la poussière. Marduk a créé le monde à partir d’un cadavre.

Je suis le témoin silencieux des serments et des drames qui se jouent sur mes bords. Cette histoire-là finira mal, elle aussi. La mort viendra à temps. »

5 réflexions sur « Que sur toi se lamente le Tigre »

  1. N’y a-t-il donc aucune lueur d’espoir ? Que cette force des témoignages pour alimenter un hypothétique changement de mentalité ? Je viens de voir en vod (salles fermées…) le film Papicha sur un thème identique et je ne suis pas tout à fait prêt pour lire ce livre, tellement il est dur pour moi d’accepter ces folies. Mais les témoignages sont indispensables. Merci de faire connaitre ce livre !

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  2. Je vais bien lire ce livre, d’abord pour essayer de pénétrer l’inpenetrable, et ensuite vouloir voir comment l’indicible sillonne le verbe. Pour paraphraser quelqu’un, on peut dire que si tout nouveau mot se pare de la beauté de la signification qu’il dégage, il serait fascinant de découvrir le sens des mots des fanatiques.

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