Les Petrov, la grippe, etc.

Un roman d’Alexeï Salnikov publié aux éditions des Syrtes

Un matin, à la fin du mois de décembre, Petrov, mécanicien et auteur de bande dessinée, se sent fiévreux. Quittant son travail pour rentrer chez lui, il est happé par Igor, son vieil ami spontané et incontrôlable, et les voilà qui enchaînent les verres de vodka dans un corbillard, autour d’un cercueil. Pendant ce temps, Petrova, son ex-femme, essaie de contenir une étrange spirale assassine qui l’assaille à la vue d’une goutte de sang…
Après un profond sommeil provoqué autant par l’alcool que par la grippe, Petrov finit par rentrer auprès de son fils et de Petrova, désormais malades, eux aussi, de la grippe. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent aussi étranges que troublants.

Le roman raconte quelques jours de la vie ordinaire des Petrov. À moins qu’il ne s’agisse d’une errance hallucinatoire dont le parcours est rendu flou par la fièvre et l’alcool ?
La force de Alexeï Salnikov c’est de nous balader dans ce néant entre délire et réalité, entre roman policier et déambulation loufoque, avec un humour décapant et absurde jusque dans les moindres détails.


Roman acclamé lors de sa sortie en Russie, adapté en film par le réalisateur Kirill Serebrennikov, Les Petrov, la grippe etc. sort enfin chez nous.

Errance et absurde. Voilà les deux termes qui résumeraient le mieux ce livre complètement barré.

Tout commence lorsque Petrov, mécanicien, souffrant de la grippe tombe sur un ami Igor qui l’emmène en virée dans un corbillard. La soirée se passe entre alcool et pensées enfumées par la fièvre.

Mais ce n’est pas tout, nous avons également Petrova, la femme de Petrov, qui assassine des hommes maltraitants. Une envie de meurtre l’assaille tandis que la grippe lui réclame aussi son dû.

Enfin, il y a Petrov junior, fils des deux précédents, cloué aussi au lit par la grippe, taiseux et accro à son téléphone.

Tenter de résumer et de raconter ce livre davantage serait une gageure. Pour tout dire, j’ai eu du mal à entrer dans le récit si différent de ce que je lis habituellement mais petit à petit, je me suis laissée porter par ce récit atypique.

Tout semble se perdre entre rêve et réalité, comme si la fièvre rattrapait le lecteur.

Il ne faudra pas vraiment chercher à en savoir plus sur les personnages, sur leurs errances car au final, ce récit est une fenêtre ouverte sur la vie des Petrov mais qui se referme vite. Le dernier chapitre résonne, ainsi, comme un énième pied de nez de l’auteur au lecteur.

Pourtant, ce n’est pas un récit vain car la société russe y est dépeinte dans ses travers. Il faut gratter sous le vernis de l’ironie, de l’absurde. On y retrouve l’alcoolisme comme une sorte d’état d’esprit, de nécessaire définition d’une virée entre potes, ou encore les violences conjugales. Ce livre est aussi une immersion dans la société russe contemporaine, foisonnant de détails ancrant tout ce périple absurde dans le réel.

Voilà un livre qui ne s’offre pas facilement, mais qui amène un vent bienvenue d’originalité (de vodka et de médicaments aussi) dans cette rentrée littéraire.

Par contre, les autobus n’avaient pas du tout changé, ils étaient toujours bi-articulé, avec des soufflets au milieu, il y faisait toujours froid en hiver, et on été ils étaient insupportablement poussiéreux et étouffants. Les dossiers des sièges semblaient rongés par les passagers. En fait, il y avait deux types d’autobus : les vieux jaunes dont le sol en caoutchouc était usé par endroits – et à travers les trous de leur plancher on voyait le métal de la carcasse (Petrova avait entendu aux informations qu’un jour une femme était passée à travers un de ces trous, mais elle était resté coincé entre l’autobus et la chaussée) – et les autobus presque neuf, bleu marine en bas et blancs en haut, les meilleurs. Un autobus bleu et blanc s’approchait justement de l’arrêt, il débarqua une flopée de passagers ; presque tout le monde descendait en effet à l’arrêt de l’hôpital, si bien que le bus se retrouva pratiquement vide.

2 réflexions sur « Les Petrov, la grippe, etc. »

  1. Intéressant, en tous cas, d’autant plus que je connais mal la littérature russe contemporaine. J’ai l’impression qu’on est un peu dans la même veine que Dmitri Lipskerov, dont les récits plutôt déjantés sont aussi l’occasion d’égratigner la société russe…

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