Le jardin de verre

Un roman de Tatiana Tibuleac publié aux éditions des Syrtes

le jardin couv

Chișinău, en Moldavie. La petite Lastotchka est adoptée dans un orphelinat par Tamara Pavlovna, ramasseuse de bouteilles. Lastotchka va à l’école, apprend le russe alors qu’elle préfère sa langue, le moldave, et elle se fait punir par sa mère adoptive lorsqu’elle écorche les mots russes. Elle apprend à laver des bouteilles mais aussi à voler ou à repousser les sollicitations des hommes trop insistants… Les habitants de son immeuble deviennent sa nouvelle famille et lui donnent un peu de leur humanité. Mais les blessures ne s’effacent pas et les questions hantent.

Le Jardin de verre est un roman intime sur les traumatismes de l’enfance, la quête de soi et de l’identité, dans un environnement multiculturel et bilingue. Vu à travers les yeux d’une enfant, il est relaté avec la sensibilité, la fragilité, la dureté et la cruauté de son âge. Un peu comme le jouet tant désiré par Lastotchka – un kaléidoscope – ramassé sous les roues d’une voiture, qui semblait entier et pourtant brisé à l’intérieur.

Mais Le Jardin de verre est aussi une lettre imaginée par Lastotchka, adulte, à ses parents. La douleur de l’abandon, le manque d’amour et de douceur maternelle sont des plaies qui ne se referment pas.


Lastotchka est seule, seule dans un monde réduit aux grilles de l’orphelinat de Moldavie qui est son foyer, si l’on peut appeler ce lieu ainsi. Maltraitance, pénurie, la vie est une épreuve quotidienne.

Sa vie change lorsqu’elle est adoptée par Tamara Pavlovna, une ramasseuse de bouteille.

Pour autant pas d’effusion de tendresse au programme. Une vie toute aussi rude l’attend, à récupérer des bouteilles vides, les récurer à l’eau bouillante. Apprendre le russe. À la dure. Tamara souhaite que sa Lastotchka ait une belle vie, sans soucis d’argent et si pour y arriver elle doit la cogner, elle le fera.

Autour d’elles deux, c’est tout un microcosme qui s’organise autour de la cour de leur immeuble. Ancien soldat, femme « légère », famille… les saisons s’égrènent et notre petite héroïne grandit.

Les années défilent, pourtant le vide intérieur de Lastotchka ne se comble pas.

Comment grandir avec un vide de parents, sans savoir si l’on a été abandonné par choix ou par nécessité.

Comment devenir mère lorsque l’on se sent seule et méchante ? Lorsqu’en prime le père de l’enfant est parti – ne supportant pas la maladie incurable du nouveau-né ?

Autant de questions qui tourmentent la jeune puis la moins jeune Lastotchka…

Ce roman est un immense coup de cœur pour moi, par son histoire mais aussi par le style, si magnifique de Tatiana Tibuleac.

Sa plume demande des efforts, les chapitres se succèdent, plutôt brefs, sans forcément de contexte, parfois avec des sauts dans le temps, sans forcément d’explications et portant il ressort une beauté âpre de ces pages.

Moi qui dévore les romans, je me suis obligée à une autre temporalité avec celui-ci, pour en savourer les pages et prendre le temps de comprendre ce que voulait nous dire l’autrice.

Ce roman interroge la maternité, l’amour, deux thèmes si chers à la littérature, mais pas seulement. Tatiana Tibuleac interroge la langue, la langue maternelle et celle que l’on doit adopter, les liens qui nous unissent à elles, qui retranscrivent également, dans le cadre de la Moldavie, une réalité politique complexe.

En bref, un coup de cœur pour ce roman magnifique et son héroïne si touchante dans ses doutes et ses échecs, vous l’aurez compris, je vous le conseille !

Le russe était devenu un visage toujours froncé. Beau, surnaturellement beau, cependant plein de cruauté. Quand il me souriait, même les épines devenaient fleurs, autour de moi. Mais quand je me trompais…La reine des glaces que j’étais redevenait une fille de l’orphelinat avec laquelle je commençais de me crêper le chignon. Je pleurais chaque jour. Je poussais les mots du pied, pour les faire sortir de moi. Je les retirais de ma chair avec les dents, comme des épines d’églantier. Devant les difficultés, je m’enfonçais les ongles dans les cuisses. De toute façon, la douleur se ressentait de plusieurs endroits à la fois. Les sons devenaient plus limpides et sortaient de moi clairs et corrects.

6 réflexions sur « Le jardin de verre »

  1. Je viens de découvrir récemment votre blog que je trouve très intéressant. J’ai aussi ce livre sur mes étagères, je ne peux que m’attaquer à cette lecture après avoir lu la description que vous en faites ! Pour info, nous organisons avec d’autres blogueurs un mois dédié à la littérature d’Europe Centrale et Orientale (en mars). N’hésitez pas à nous rejoindre pour 2021 (ou éventuellement dès cette année en mentionnant le mois en fin de ce billet :-)). Cordialement. Patrice (Et si on bouquinait)

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    1. J’ai adoré « le jardin de verre » qui a été un vrai coup de cœur pour moi ! J’espère qu’il vous plaira tout autant. Ooooh mince, je découvre votre challenge un peu tard…je le note pour l’année prochaine. Se déroule-t-il aussi sur Instagram (j’avoue être bien plus souvent sur Insta que sur mon blog) ? Cordialement, Ally

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      1. Je prévois de le lire prochainement, je suis curieux à l’avance. Pas de souci pour le Mois de l’Europe de l’Est, on continue en 2021. Nous sommes aussi sur Instagram mais privilégions tout de même beaucoup plus le blog pour partager les chroniques. RDV pris pour 2021, j’espère !

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